Église Saint-Vincent

SOUSCRIPTION

Photo allée centrale église 08052016

De tout temps, des Soppois se sont mobilisés en faveur de leur église. Il suffit de lire les épisodes historiques ci-dessous relatant la reconstruction et l’agrandissement de l’église au XIXe siècle pour s’en convaincre. Mais il n’est point besoin de remonter aussi loin dans le temps ! Une souscription avait été lancée dans les années 1990 pour la réfection du crépi de l’église.

Aujourd’hui, divers travaux sont à prévoir à plus ou moins long terme pour l’église Saint-Vincent : réfection de la toiture et des vitraux, rénovation du clocher… Diverses options techniques ont d’ores et déjà été évoquées. Si le montant des travaux est impossible à estimer avec précision à ce jour, plusieurs dizaines de milliers d’euros au minimum seront nécessaires. Compte tenu de ses modestes moyens, la fabrique de l’église a fait appel à la commune. Mais elle entend offrir également à chacun la possibilité d’apporter sa pierre à l’édifice, selon ses moyens et ses convictions. C’est pourquoi elle a lancé une souscription, avec le soutien de la commune de Soppe-le-Bas. Retrouvez tous les détails concernant la souscription dans cette plaquette. Le bulletin de souscription est également disponible ici.

La souscription a déjà permis de collecter pas moins de 6424,65 euros en 2016, auxquels se sont ajoutés 3699,38 euros en 2017 – soit un total de 10 124,03 euros au 31 décembre 2017. Et la mobilisation se poursuit !

L’église Saint-Vincent de Soppe-le-Bas, néoclassique de 1837, abrite un orgue RINKENBACH dont la partie instrumentale a été classée monument historique le 5 novembre 1980.

Il existait une église à Soppe-le-Bas dès le XIVe siècle. Celle-ci fut remaniée en 1706, puis reconstruite en 1772. Suivit une réparation du clocher en 1784. Mais l’église fut bientôt trop petite pour accueillir les fidèles et nécessitait des réparations importantes. À la demande du maire de Soppe-le-Bas, l’architecte Jacques François Antoine KUEN, de Masevaux, dressa un premier projet de reconstruction en 1829, qui fut repris en 1835. Un troisième projet, avec une façade différente, du même architecte, fut finalement réalisé en 1837. L’église devait initialement accueillir les fidèles de Soppe-le-Bas et de Diefmatten. Cela explique la hauteur conséquente de l’édifice dans lequel devaient être intégrés des balcons. Mais il semblerait qu’une « guerre de clochers » ait eu raison de l’entente cordiale entre les deux villages. À l’origine, l’église avait une longueur équivalente à celle de la nef actuelle. Un nouveau chœur fut ajouté, et les murs furent rehaussés pour arriver à 10 mètres. Retrouvez tous les détails ci-dessous, à la rubrique « Si l’histoire de l’église m’était contée ».

Mise en chantier en 1837, la nouvelle église fut achevée en 1839. Restait à la meubler : les bancs et les boiseries furent refaits ; après la commande de trois autels, d’une chaire et de fonts baptismaux, un orgue entièrement neuf fut commandé à Valentin RINKENBACH pour la somme de 3900 francs en 1842.

L’intérieur de l’église a fait l’objet d’une grande rénovation en 2005-2006. Quant à l’orgue, il a été restauré entre août 2005 et juin 2006 par l’entreprise d’Hubert BRAYÉ, maître facteur d’orgues, de Mortzwiller, en collaboration avec Ulrich AVERESCH, facteur d’anches libres à Bad Krozingen (Allemagne), pour le jeu de physharmonica.

Construit en 1842 par Valentin RINKENBACH, l’orgue de Soppe-le-Bas marque le croisement entre une certaine modernité, représentée par le jeu de physharmonica à anches libres, et la tradition alsacienne plutôt conservatrice, avec une composition sans surprise au grand orgue et à la pédale, une soufflerie cunéiforme, des claviers plaqués d’ébène et un ton à 415 Hz. Bien que légèrement modifié, l’orgue de Soppe-le-Bas est resté dans un état très proche de l’origine. C’est assurément le meilleur témoin de l’art de Valentin RINKENBACH. Son jeu de physharmonica est d’ailleurs le seul à avoir été conservé en France, avec celui de Heimersdorf.

La partie instrumentale de l’orgue a été classée au titre des monuments historiques le 5 novembre 1980. Le buffet, confectionné en chêne avec des renforts en sapin à l’intérieur, n’est pas protégé. Il n’en est pas moins caractéristique de la manière de Valentin RINKENBACH, avec ses plates-faces surmontées d’arcs en plein cintre, son entablement supérieur couronnant toute la façade et ses draperies servant de claires-voies aux tourelles. Sans oublier les tuyaux de façade, en étain, avec des écussons imprimés en plein cintre et des lignes de bouches horizontales dans les plates-faces. Fait remarquable : ces tuyaux ont échappé à la réquisition opérée en 1917 par les autorités allemandes, Soppe-le-Bas étant situé du côté français du front.

Mais l’orgue s’est empoussiéré au fil des ans et certaines boiseries se sont vermoulées. Le Comité de rénovation de l’orgue et la commune de Soppe-le-Bas se sont donc mobilisés pour lui offrir une cure de jouvence. Les démarches, entamées dès 1991, ont abouti à la grande restauration de l’orgue de 2005-2006. Restauration du buffet – avec traitement préventif et curatif –, des sommiers, de la console, de la mécanique, de la tuyauterie, du jeu de physharmonica, mise en place d’un pédalier neuf copié sur un modèle historique (Beblenheim), harmonie et accord : l’orgue a fait peau neuve ! La soufflerie a été reconstruite à partir des éléments anciens existants, ce qui en fait un précieux témoignage de la facture de Valentin RINKENBACH.

1837 : reconstruction et agrandissement de l’église

Cela fait plus de dix ans qu’on en parle dans le village : d’une part l’église est trop petite, et d’autre part elle nécessite des réparations urgentes et importantes. Aussi le conseil municipal, dès 1829, prend-il l’affaire en mains : le maire est chargé de demander à Me KUEN, architecte à Masevaux, de dresser les plans et devis, afin de connaître le montant de la dépense, et de trouver les fonds nécessaires. Et c’est là que les problèmes commencent.

Après le Concordat et lors de la dernière circonscription des paroisses en 1802, la commune de Diefmatten a été distraite de la paroisse de Gildwiller, et annexée à la succursale de Soppe-le-Bas. Depuis cette date, les paroissiens de Diefmatten venaient à l’église de Soppe-le-Bas pour y suivre toutes les cérémonies religieuses, et les enfants venaient au catéchisme à l’école. Les déplacements se faisaient à pied ou en carriole, naturellement. Et la commune de Diefmatten participait, à raison de 11/40, aux frais de réparation de l’église, du presbytère, de la maison d’école, et du paiement annuel du supplément du desservant.

Il est donc décidé de reconstruire et d’agrandir. Le devis se monte à 19 864 francs, dont 14 401,40 pour la commune de Soppe-le-Bas, et 5 462,60 pour celle de Diefmatten.

Mais les habitants de Diefmatten, et on les comprend, ont refusé de participer à ces frais, n’étant pas copropriétaires de l’église, et cherchaient même une solution pour ne plus avoir à se déplacer. En 1830, ils se sont arrangés avec le desservant pour qu’il vienne leur dire la messe les dimanches ordinaires dans la chapelle, moyennant une somme de 330 francs. Ce qui ne les dispensait pas de venir à l’église mère pour les fêtes réservées, les dimanches solennels, la communion pascale, l’instruction religieuse de la jeunesse, etc.

En 1836, le Sous-Préfet de Belfort (Soppe-le-Bas fait partie de l’arrondissement de Belfort) informe le maire que « la commune de Diefmatten peut être dispensée de concourir à la dépense de la construction de l’église, en demandant formellement la séparation comme annexe et l’érection d’une chapelle vicariale ».

Quand il devient évident que Diefmatten fera tout pour ne pas payer, le conseil municipal décide de lancer l’opération, car l’église menace ruine, et le devis est passé à 22 000 francs. Pour compenser le surcoût, il faudra vendre 50 chênes, qui seront pris parmi les chênes existants sur le pâturage dit Allmend, ou dans d’autres parties de la forêt communale.

Le Conseil des Bâtiments Civils de Paris donne un avis favorable, mais demande des modifications : devis supplémentaire, ouvrage non prévu, et avec les honoraires de l’architecte on arrive à une dépense globale de 28 706 francs. Il faudra couper 50 chênes supplémentaires.

Et l’église est donc reconstruite, aux seuls frais de la commune de Soppe-le-Bas, qui continue, en vain, à se battre sur les plans juridique et administratif pour faire payer Diefmatten.

Mais cette belle église, il faudra la meubler. Le 12 août 1842 un marché est passé avec le sieur RINKENBACH pour la fourniture d’un orgue. Les bancs et les boiseries seront refaits, ainsi que trois autels, la chaire et les fonts baptismaux.

Tout est bien qui finit bien, dit-on. Mais ce différend avec Diefmatten empoisonnera longtemps les relations entre les deux communes.

1re phase : le démontage

Pour le village, c’était le chantier du siècle. L’ancien bâtiment était trop petit : la population était de 700 habitants, dont 130 enfants qui fréquentaient l’unique classe de l’école. L’église servait aussi aux paroissiens de Diefmatten.

La nef mesurait 13,32 m de long et 9,26 m de large, pour une hauteur de 6,60 m. Le chœur, de même largeur que la nef, avait une longueur de 7,31 m.

Le projet consistait à rehausser les murs existants pour arriver à 10 m, et à prolonger le bâtiment d’un nouveau chœur, l’ancien devenant prolongement de la nef.

Le descriptif des travaux donne les indications suivantes :
– descendre les tuiles existantes pour en casser le moins possible, les entasser le long du mur du cimetière longeant le verger de Monsieur STEMMELEN ;
– après la démolition de la charpente les vieux murs seront vérifiés, et le bon état des murs reconnu, la maçonnerie nette au-dessus du sol sera portée à 10 m ;
– après l’exhaussement des murs, la charpente en sapin de la nef sera remise en place, les bois pourris seront remplacés par des bois neufs, et la charpente en chêne du clocher remise en œuvre, les bois manquants remplacés par des bois neufs fournis par la commune ;
– la couverture en tuiles sera posée sur un lattis avec vieilles lattes, dans le cas où elles seraient jugées encore en état, au cas contraire sur un lattis neuf, avec vieilles tuiles ;
– les murs du nord et de l’ouest de la sacristie, après être découverts et la charpente descendue, seront démolis et reconstruits de manière que le mur de l’est devienne mur de l’ouest, le pignon nord et le côté est seront reconstruits avec les vieux matériaux ; le clocher existant sera soigneusement découvert et les voliges, fers blancs, persiennes, horloge, croix et de tout ce qu’il se compose seront déposés dans un local fermant à clé et fourni par la commune pour remettre en œuvre toutes les parties reconnues encore bonnes.

Dans le dossier d’avant-métrage, d’autres consignes apparaissent :
– déclouer avec soin et descendre les vieilles lattes et les entasser dans un lieu couvert, et les tuiles de la nef les entasser avec beaucoup de précaution le long du mur d’enceinte du cimetière sur le côté du nord ;
– descendre la vieille charpente, les cloches, l’horloge, le clocher et sa couverture, les autels et bancs de l’église ; transporter en magasin par les fidèles sous la surveillance de l’autorité locale ; (pour ces travaux le maître d’œuvre estime qu’il faut deux journées pour 4 charpentiers et 10 manœuvres) ;
– le vieux plafond en panneaux de sapin, les ornements de l’église, les autels et confessionnaux seront transportés par les fidèles aux soins de M. le Maire dans un lieu de sûreté et à couvert pour être replacés après les travaux.

Il est certain que ce chantier a provoqué une grande animation au milieu du village, avec tous les curieux et le trafic de la grande route.

2e phase : les travaux

Une fois le démontage terminé, les choses sérieuses ont commencé. Le métrage de réception, réalisé le 20 août 1838 par Jacques KUEN, architecte patenté demeurant à Masevaux, en présence de l’entrepreneur, Joseph DEFFAYET de Belfort, du maire Célestin PATAT et de deux conseillers municipaux, nous donne toutes les précisions.

Tout d’abord les fouilles pour les fondations du chœur : sur une longueur de 19 mètres, une profondeur de 2,60 m et une largeur de 1,20 m, soit 59,280 m3 de déblais ; ensuite pour les trois côtés de la sacristie, du grand portail du fronton, sous les deux colonnes de la tribune, etc., soit un total de 120 m3 de déblais.

À ce sujet, le sous-détail des principaux prix proposés pour l’adjudication nous apprend que les journées de travail étaient de 12 heures, payées 1,50 francs pour un manœuvre, 2,10 pour un maçon, et 3 francs pour un tailleur de pierres.

« On estime communément que deux hommes feront dans une journée d’été 13 à 15 m3 de déblai jeté à la pelle et transporté 5 à 6 mètres de distance. »

Puis il y a eu la démolition des vieux murs, avec récupération des pierres pour la reconstruction : 231 m3.

La maçonnerie ordinaire fut faite « avec moellons et mortier de chaux et sable. Le sable sera pris au Pont d’Aspach dans le lit du torrent de la Doller. Un manœuvre ne pourra passer à la claie que 5 mètres cubes de sable par jour ». Les moellons seront achetés dans les carrières de Roppe et de Vétrigne.

« La chaux proviendra des tuileries à proximité du bâtiment ; elle sera bien cuite, sans biscuit ni mélange de matières hétérogènes ; elle sera éteinte avec soin sans être noyée ni brûlée dans une auge en bois avant de la faire couler dans la fosse. Comme les tuileries des environs ne fournissent que de la chaux grasse, le mortier sera composé d’un tiers de chaux éteinte et de deux tiers de sable ; le tout broyé à force de bras et manipulations continues dans une auge en madriers et non par terre ; sans addition d’eau, sous quelque prétexte que ce soit, le mélange sera parfait lorsqu’on ne pourra plus distinguer aucun grumeau de chaux. »

Les pierres de taille « seront de la meilleure qualité de celle qu’on pourra tirer des carrières d’Offemont ou d’Osenbach… elles seront transportées ébauchées à pied d’œuvre, et taillées sur place »

Pour le transport de tous les matériaux, les tarifs sont fixés avec précision : un voiturier à un collier était payé 5 francs la journée, 9 francs pour 2 colliers, 12 francs pour 3. Les voitures à cheval devaient parcourir l’équivalent de 30 km par jour, distance réduite à 18 km si la voiture était tirée par deux vaches, un ou deux bœufs, un ou deux ânes.

Quand on pense qu’il n’y avait ni grues, ni machines électriques, que les troncs d’arbres cherchés dans la forêt communale étaient transformés en poutres, planches et lattes à la force du poignet, on se rend compte qu’à cette époque nos prédécesseurs savaient ce que travailler veut dire.

 André DEYBER